Nouveau succès de l’Appel de Genève devant le Parlement Européen

Genève – 8 Mars 2001

L’Appel de Genève, ONG internationale basée à Genève et qui s’est spécialisée dans les négociations avec les acteurs non étatiques (groupes armés) sur la question des mines anti-personnel, vient d’enregistrer son second succès devant le Parlement Européen.

Rappelons qu’en septembre 2001, l’Appel de Genève avait obtenu une résolution du Parlement, votée à l’unanimité, reconnaissant l’importance de négocier avec les acteurs non-étatiques dans les conflits d’aujourd’hui et soulignant l’utilité du mécanisme offert par l’Appel de Genève (signature d’un acte d’engagement de renoncer totalement à l’utilisation de mines anti-personnel). Une telle résolution avait marqué un tournant, l’idée même de négocier avec des rebelles ayant pendant longtemps apeuré nombres de gouvernements et de politiciens.

Jeudi 7 mars, nouvelle étape pour l’Appel de Genève.

Trois députés, chefs de groupe ou présidents de commission, ont invité l’Appel de Genève à venir présenter son activité devant des membres du Parlement Européen. Ont également participé à cette rencontre la responsable de la question des mines à la Commission européenne, (Madame Di Corrado Andreoni), ainsi qu’un observateur du Conseil des Ministres.

Pour appuyer concrètement son exposé, la Présidente de l’Appel de Genève (Elisabeth Reusse-Decrey) était accompagnée du commandant en chef du mouvement de libération du Sud Soudan (SPLM/A) (Edward Abyei Lino), ainsi que de deux représentants des deux gouvernements kurdes du nord de l’Irak (Saywan Barzani, représentant du gouvernement régional du Kurdistan Irakien à Arbil et Ahmed Bamarni, représentant du gouvernement régional du Kurdistan Irakien à Suleymania.)

Le Commandant Lino du SPLM/A a témoigné des raisons de leur engagement signé auprès de l’Appel de Genève et déposé auprès de la Chancellerie de la République et Canton de Genève: ” Nous nous battons pour que notre peuple puisse vivre sur une terre libre, mais pas sur une terre minée. Nous voulons que notre peuple puisse vivre en sécurité, et non pas dans la terreur des champs de mines. Les mines sont une arme qui touchent de nombreux civils. Nous avons décidé d’y renoncer. “

La signature de l’Appel de Genève par le SPLM/A date du mois d’octobre 2001. Depuis il a contribué à mettre en place un projet de déminage commun entre le gouvernement du nord du Soudan et le mouvement de libération du Sud Soudan. Projet pionnier et exemplaire, un ” cross-conflict project”, financé par l’Union Européenne.

Quant aux représentants des deux gouvernements du Nord du Kurdistan Irakien, ils ont souligné à quel point leurs terres étaient horriblement minées, et que les drames quotidiens les avaient amenés à réfléchir à une interdiction de cette arme aux effets dévastateurs. ” Tout projet de développement de notre région est entravé par la présence de centaines de milliers de mines sur nos terres et nos routes. ” Leur signature attestant de leur engagement à renoncer aux mines devrait avoir lieu ce printemps à Genève.

A noter également que si ces deux gouvernements sont en désaccord sur de nombreux points dans le Nord de l ‘Irak et contrôlent des régions différentes, jeudi à Bruxelles, un seul des deux représentants a pris la parole au nom des deux gouvernements, attestant malgré leurs divergences politiques d’une volonté commune de lutter contre les mines anti-personnel. Un symbole riche d’espoir : la lutte contre les mines peut créer l’union et faire naître la négociation.

Des représentants d’autres ONG ainsi que des membres de la Campagne Internationale pour interdire les mines étaient également présents à cette rencontre importante.

A l’issue de cette réunion, il a été décidé de créer un groupe de travail, au sein du Parlement Européen, sur la question des acteurs non-étatiques, auquel sera associé l’Appel de Genève. Cette décision majeure démontre que l’Appel de Genève a su témoigner de l’importance de cette nouvelle voie de négociations avec les groupes armés, acteurs de nombreux conflits dans le monde. Elle atteste aussi de la reconnaissance du Parlement Européen au travail mené par l’Appel de Genève. Même si le travail sur le terrain s’annonce encore difficile et semé d’embûches, cette nouvelle étape est un vrai succès.

Elisabeth Reusse-Decrey,
Présidente de l ‘Appel de Genève

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